Papa, j'ai peur pour mon avenir...

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    Un matin, peu avant les vacances, ma femme m'indique que mon fils ainé, bientôt 10 ans, m'a laissé un petit mot sur la table de nuit. Je souris, malgré la course habituelle de tout parent un matin juste avant de partir pour l’école... En effet, mon fils Sacha m’écrit des petits mots de temps en temps, pour me dire ' tu es un super papa' voire ‘le meilleur des papas!’, souvent suivi de… 'quand est ce que je pourrais avoir une Switch!?' ;-)

    Pourtant, alors que je me dirige vers ma chambre pour récupérer ce petit mot, sourire aux lèvres, mon fils me dit qu'il l'a enlevé entre-temps. Il répond balbutiant que ‘ce n'est rien, c’est pas grave’, quand je lui demande pourquoi. Je comprends à son visage figé, que ce n'était pas le type de mot habituel. Et alors que je l'encourage à m'en livrer le contenu,  mon fils éclate en sanglots, là, au milieu du couloir. Pas un petit chagrin. Une grande tristesse. Des pleurs qui vous déchirent le cœur de sincérité, comme je lui connaîs parfois, lui, si sensible. Je l'encourage doucement à me dire ce qui lui arrive, les raisons de son désarroi, mon pauvre petit Sacha...


'Papa... j'ai peur pour mon avenir!, ce cri de détresse éclate brusquement, au prix d'un gros effort pour lui, transportant autant de désespoir que de sincérité. Mon coeur se noue. Je pense dans un 1er temps qu'il s'agit du collège, sujet qui commence à le tracasser alors qu'il va passer en CM2... Mais pas du tout. Il continue entre deux crises de larmes : ' Papa il a fait tellement chaud ces derniers jours, j'ai beaucoup souffert de la chaleur, j'ai trop de mal à supporter… Je sais que ca sera de pire en pire, alors j'ai peur pour mon avenir.' Cette fin juin 2025 a en effet été caniculaire.

    Mon pauvre petit. Je suis tétanisé. C'est un moment que je redoutais tant. Le moment où son enfant réalise lucidement ce qui se passe autour de lui (même s’il confond certains concepts probablement). Soufflé, déstabilisé, je vois mon fils tellement affecté, sur un sujet si grave, avec un constat malheureusement juste*. Je me retiens de ne pas m'effondrer, littéralement. Je suis si triste pour lui, en colère intérieurement, d'où nous en sommes arrivés collectivement...


    Laissant passer quelques secondes, je me ressaisis d'un coup. Être parent, n’est ce pas justement construire le meilleur avenir pour ses enfants? Je ne vais surtout pas lui raconter des bobards pour le rassurer rapidement et passer à autre chose... Je ne vais pas lui raconter que ce n'est pas vrai, ou qu'on va trouver une solution (technologique) facile, ou qu'on n'y peut rien… ou que c'est la faute des autres... etc. Si j’avais cédé à cette facilité, la tentation était grande, cet enfant serait passé d'anxieux à… terrorisé!, réalisant d’un coup que l'adulte en face de lui, censé être celui qui est responsable et en capacité de l'aider, est tout simplement dans le déni, ou la lâcheté voire la bêtise ou tout à la fois… donc se retrouvant sans aucune solution envisageable et plausible au problème, concret, réel, qui l'inquiète tant. Les enfants ne sont pas idiots, pas abrutis par le déni. Ils savent bien ce qu'ils ressentent. Ils comprennent bien qu'il y a 'un truc qui ne va pas', et que ce n'est ni juste ni cohérent de ne pas l'affronter ce problème…  au moins d'essayer! 

Au passage, je suis sûr qu'au fond de chacun de nous, même les plus sceptiques, les plus éloignés du sujet, nous savons qu'il y a ce ‘truc qui ne va pas’ (irréversible, dramatique)  et que l'on peut et doit faire mieux. Non? Mais que l’ampleur et la complexité du problème nous bloquent, nous amènent parfois à se réfugier dans un certain déni, dans l'oubli, le tout pris dans un quotidien déjà éreintant....


    Je suis donc là, face à cet enfant, cet enfant qui représente la préoccupation, l'angoisse de tous les autres de sa generation… Alors il faut assumer et faire face. ‘Tu es père mon vieux et il faut avancer’, me dis-je. Après un raclement de gorge, un regard à ma femme, je trouve la force de répondre à mon fils:

- ‘Sacha, c'est vrai que la situation n'est pas bonne et que ça ne va pas s'améliorer, en tout cas pas tout de suite’. Validant ainsi son ressenti, son analyse. 1ere étape pour stabiliser son émotion.

- Puis, ouvrir une porte, un espoir. Je lui dis qu'on peut encore limiter la casse, chaque degré de réchauffement économisé est autant de problèmes évités.

- Et enfin, proposer un rebond, une marche en avant, une rupture dans la logique moribonde. Je lui propose: ‘on va réfléchir, ensemble, tous les deux et en famille. On va essayer de trouver des actions qui vont aller dans le bon sens. Même si on ne résout pas tout, on va faire notre part, on va agir. Et par l'action, on va construire de belles choses, de beaux projets, qui vont participer à répondre à ce problème. Mais ces actions, ces projets vont aussi nous permettre de vivre des beaux moments, ensemble ou avec d'autres. Des expériences positives, intéressantes, motivantes, joyeuses même, que l'on n'aurait peut-être jamais vécu si on n'avait pas eu à affronter ces difficultés. Des moments créateurs d’émotions partagées, celles qui mettent le sel dans une vie!’ 

Ma voix est douce et ferme à la fois. Parce que j’y crois. Parce que je ne l'abandonnerai pas à son sort mon fils, ni les autres. On va agir et qui sait… réussir!? Jusqu’où? On verra bien.


    Je le sers alors très fort dans mes bras, ce fiston adoré. Je sens qu'il est déjà soulagé. Il retrouve le sourire. Dans la foulée, il me suggère déjà des propositions, avec sa voix encore fragile et chevrotante mais joyeuse de l’espoir retrouvé (plus de vélo, mettre des mots dans les boîtes aux lettres des voisins pour faire des actions avec nous...). Et son petit frère Côme, qui s’en mêle, après avoir assisté à la scène, surpris et concerné : "papa on n’a qu'à se déplacer à cheval!" ;-)

L'enthousiasme est là, le moral de retour… la pertinence des solutions encore à travailler un peu ;-)


    Puis nous poursuivons tous les 4 la discussion. Ça va déjà bien mieux. Je dois dire que je suis aussi rassuré et enthousiaste que mes deux fistons. Il ne faut toutefois pas rester sur l’émotion, même si elle est cruciale pour générer de la motivation, pour faire franchir le 1er pas.  Je leur propose donc un plan, ne perdons pas de temps (il faut quand même qu’on parte à l’école à un moment…) :

  1. Pour être pertinent, on va déjà s'informer, comprendre les points importants : quels sont les problèmes provoqués par le dérèglement climatique (sans oublier les atteintes à la biodiversité!) et quelles sont les causes de ces phénomènes (ils savent déjà que le pétrole… c'est pas top et que la faune et la flore… c’est important d’en prendre soin). J'ai d'ailleurs trouvé des supers ressources dans : https://www.lemonde.fr/planete/visuel/2023/07/05/le-climat-explique-aux-enfants-huit-questions-sur-l-avion-la-neige-les-animaux-les-forets_6180649_3244.html

  2. Pour se conforter, on va ensuite lister ce que l'on fait déjà de bien (je leur fais deviner rapidement : le vélo, le pédibus, pas gaspiller... ou encore protéger le couple de hérissons qui loge dans notre jardin... ;-).  Et pour se rassurer, noter aussi que l’on n’est pas seul! Autour de nous, je leur rappelle les copains qui vont aussi à l'école à vélo, qui font le pédibus avec nous, les multiples soirées liées à l’écologie au café associatif que l’on a créé avec d'autres copains et voisins du village... et qui déjà montre que l'on peut construire du positif, du convivial, à plusieurs. 

  3. Pour avancer, on réfléchira ensuite à d'autres actions que l’on peut réaliser - sans se mettre de limites, ne pas se brider, tout en s'accordant de ne pas tout réussir à fond du premier coup, de prendre soin de nous et de voir tout ça comme des opportunités, des trucs sympas à réaliser. Parfois dans l'adversité certes, mais ce qui rend ces démarches d'autant plus passionnantes et avec du sens... Une petite aide ici: https://bonpote.com/10-actions-simples-pour-devenir-ecolo/

  4. Passer à l’action!


Ces 4 parties sont probablement à traiter en parallèle, c’est plus attractif, comme je le propose aux enfants en ce début de vacances, et sur des feuilles de papier distinctes pour rester visuel… Et après coup, je me dis qu’un chapitre sur “l’adaptation” sera également utile pour rassurer par défaut sur le quotidien, l’aspect pratique.

Affaire à suivre donc. il faudra y revenir régulièrement, notamment ne pas tout oublier quand la canicule sera passée.



Alors, combien sommes-nous, parents ou non, à être convaincus qu’on ne peut laisser filer ce futur? …mais sans trop savoir par quel bout s’y prendre?

On peut trouver des excuses pour ne rien faire. Au contraire il faut trouver des solutions. Au moins tenter! Avancer!


>> Seriez-vous prêt à embarquer dans ce type de démarche?

Quel est votre avis? votre vécu?  avez vous des conseils pour avancer?



* je précise que que jusqu'à présent, nous avons essayé de limiter l'exposition des enfants à certaines mauvaises nouvelles (par exemple, nous éteignons les infos à la radio lorsqu'ils sont présents), tout en leur expliquant les situations et problèmes importants lorsque cela est nécessaire.


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Je vous encourage vivement à lire les articles suivants, étroitement liés:


Xavier

xavierbouvier@gmail.com




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